Poursuivant la quête entamée la semaine dernière, à savoir redresser la barre du Titanic gentiment passée par mon collègue accablé par un mois de juillet au bureau, la canicule et le contexte mondial, je m’en vais donc encore cette semaine semer des petits cailloux de bonheur pour tenter de contrecarrer le spleen et faire chuter la consommation d’alprazolam, la molécule star des antidépresseurs. Or donc, je travaille en ce mois d’août où Léon Marchand, sans trop forcer à l’heure où j’écris ces lignes, est en passe de battre de nouveaux records dans sa ligne (d’eau) à lui. Bon, ça c’est déjà pas mal, les exploits même par procuration ça fait toujours du bien à l’âme, demandez donc aux Espagnols. Et vous savez ce qui est cool au possible au mois d’août ? La ville. La ville sans bagnoles, sans files d’attente dans les magasins, la ville aux terrasses bondées et cosmopolites, la ville dépouillée d’une bonne partie de ses urbains, la ville à vélo sans risquer le traumatisme à chaque carrefour, la ville du bonheur coupable de ne pas croiser Bidule ou Untel à qui, au fond et en surface, on n’a jamais eu grand-chose à dire et surtout pas en sortant de la boulangerie une baguette à la main.
La ville dans sa langueur estivale est tellement mythique qu’on en a fait un livre : Paris au mois d’août (Prix Interallié 1964), signé de René Fallet, auteur par ailleurs du pétaradant La soupe aux choux. Le livre raconte l’histoire d’un type un peu falot, un quarantenaire qu’on oublie à peine croisé, au charisme tiède et à l’âme itou qui bosse son mois d’août au rayon pêche à La Samaritaine, abandonné par femme et enfants partis prendre le bon air à la plage. Le type s’appelle Henri Plantin, rien de plus fade. Mais voilà qu’il croise la route d’une jeune Anglaise, qui se dit mannequin et il s’enflamme, le petit type, et vit en deux semaines sur l’air du temps qui file trop vite son dernier et peut-être son premier flirt de vacances. Cet amour adultérin, René Fallet en fait une épopée. Son Plantin, c’est Aznavour, il le décrit comme ça. Alors, quand le réalisateur Pierre Granier-Deferre décide d’adapter le film, il choisit Aznavour pour incarner Henri Plantin et, tant qu’on y est, y’a pas de petit profit, Charles Aznavour chante aussi la chanson-titre qui s’appelle, vous l’aurez deviné, Paris au mois d’août (et vous en connaissez beaucoup d’éditos qui vous font la bande-son ?). Enfin, et parce que décidément la ville au mois d’août regorge de petits bonheurs, il faut que je vous dise que ce bouquin, que j’avais lu il y a des années de ça, je viens de le retrouver dans une boîte à livres, du côté d’Auditorium et que ça m’a fait le même effet que la madeleine de Proust ou le génie de la lampe, une bouffée de joie. Et je crois aussi que pour la deuxième semaine, vogue la galère mais pas d’iceberg en vue...