Le départ anticipé de Christine Lagarde de la présidence de la Banque centrale européenne (BCE), annoncé pour le 7 février 2027, ouvre une séquence institutionnelle à forts enjeux. Alors que son mandat devait s’achever en octobre de la même année, cette échéance avancée place la désignation de son successeur au cœur du calendrier politique européen. Ce départ permet surtout à Emmanuel Macron de participer à la nomination du suivant avant l’élection présidentielle du printemps 2027 en France.
Deux noms émergent parmi les principaux prétendants : le « faucon » néerlandais Klaas Knot, ancien président de la Banque centrale des Pays-Bas, et l’Espagnol Pablo Hernández de Cos, au profil plus « colombe », ancien gouverneur de la Banque d’Espagne et actuel directeur général de la Banque des règlements internationaux. Le premier, plus dur, aurait les faveurs de la France, mais les deux favoris sont de farouches tenants de l’indépendance de la BCE face aux États. Un point important, car les tractations se feront sous haute pression des marchés financiers, alors que les taux d’emprunt et la dette de la France pèsent lourdement sur les discussions de stabilité de la zone euro.
Emmanuel Macron a salué « l’engagement européen » et « l’action déterminée » de celle qui, soit dit en passant, a inspiré Meryl Streep pour bâtir l’allure de son redoutable personnage de Miranda Priestly dans Le Diable s’habille en Prada. Notre bientôt futur ex-Président a d’ores et déjà appelé à préparer l’après-Lagarde « de manière ordonnée et équilibrée avec nos partenaires européens ». Je pense que les partenaires en question se fichent du tiers comme du quart de l’opinion d’un gars qui va se retrouver hors course dès le 2 mai 2027 et je me demande même si cette prière, pour ne pas dire supplique, concernait véritablement la succession de madame Lagarde, ou bien plutôt la sienne...
En revanche, comment ne pas lire cette décision de Christine Lagarde à la lumière des déclarations qui ont accompagné l’annonce de sa démission ? Elle a en effet déclaré qu’elle souhaitait dans les mois à venir « avoir la liberté de parole, la liberté d’expression et la liberté de [s]’engager sur des sujets qui ne relèvent pas de la politique monétaire ». De là à dire qu’elle serait la candidate naturelle d’Emmanuel Macron et du bloc central, envoyant par là valser les aspirations des ex-de Matignon (Attal et Philippe), il n’y a qu’un pas que Bruno Le Maire, son ex-collègue de conseil des ministres dans le gouvernement Fillon, a franchi avec enthousiasme. Un enthousiasme beaucoup moins partagé, force est de le reconnaître, par LFI et le RN, accusant Emmanuel Macron de faire ingérence dans la campagne.
À moins que Christine Lagarde ne souhaite « simplement » pouvoir sortir de la réserve imposée par sa position à la tête de la BCE pour s’impliquer davantage et prendre publiquement parti dans les enjeux internationaux : il se murmure qu’elle pourrait prétendre à la présidence du Forum économique mondial, là où se font et défont les discussions entre représentants élus des États et ceux du privé (oh les complotistes, ce qui ressemble le plus à un gouvernement mondial occulte est là, pas besoin de vous tripatouiller les neurones à rechercher un labo secret comme dans un mauvais James Bond), et du Global Risks Report (Rapport sur les risques mondiaux), publication phare annuelle du Forum économique mondial avant la réunion de Davos, une boussole stratégique décryptée aussi bien par les chefs d’État que les banques centrales — une sorte de September Issue de Vogue, pour poursuivre l’analogie avec Meryl Streep, dont le look était certes celui de Christine Lagarde mais la vie celle d’Anna Wintour, illustre et redoutable rédactrice en chef de Vogue durant des décennies.
Si l’annonce de cette démission à la tête de la BCE a éclipsé les annonces de stabilité des taux directeurs, on sait que les marchés n’aiment pas les incertitudes… Celui qui se ceindra la couronne de la reine Christine sera attendu au tournant.