Humeur

Le petit Rapporteur

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Emmanuelle de Jesus

J’avoue, j’ai rongé mon frein comme on dit des chevaux de course derrière les starting gates à Longchamp, mais ça y est, depuis le 27 avril, à 12 pour et 10 contre, les députés de la commission sur l’audiovisuel public ont voté pour la publication du rapport rédigé par leur collègue de l’Union des droites pour la République (UDR), Charles Alloncle, je peux donc y aller, tagada tagada.

Or donc, ledit rapport est disponible sur le site de l’Assemblée nationale – quand il n’est pas en dérangement. Sinon, avant même sa publication, il était distillé par ledit Alloncle sur les médias plutôt portés très à droite, ce qui en dit long sur l’honnêteté intellectuelle du machin. Joie, depuis, des « vrais » Français, vous savez, ceux qui pensent qu’on leur cache tout, qu’une élite de puissants copains-coquins se tient les coudes pour leur faire avaler des couleuvres et qui fait des saluts nazis après un banquet de cochonnailles, mais non mais non, c’était pas des saluts nazis, c’est Jean-Kévin qui avait forcé sur le beaujolpif, ça va ça vaaaa, on va pas en faire un fromage, ah là là on peut plus rien dire.

Ben si, visiblement, on peut tout dire. Par exemple, qu’on devrait mettre l’audiovisuel public sous cloche politique et/ou privée – c’est d’ailleurs l’avis du moi, candidat à la présidentielle, Jordan Bardella – comme au bon vieux temps de l’ORTF où un conseiller de l’Élysée assistait aux directs du JT, histoire de donner un coup sur la laisse.

Entendons-nous bien : je ne cautionne en aucun cas les producteurs-animateurs qui se font du beurre sur le dos du contribuable, pas plus que le train de vie dispendieux des cadres sup de France 2 qui logent au Martinez pendant le Festival de Cannes sous prétexte de soutenir la création française. Qu’on en finisse avec ces escroqueries me semble parfaitement légitime. De là à jeter le bébé avec l’eau du bain, non. Car si on n’aime pas les émissions du service public, il suffit de zapper. Par contre, le jour où ces médias disparaîtront, ne fleuriront plus que des chaînes payées par des milliardaires, où s’entendront à longueur d’antenne les voix de leurs maîtres.

Un peu comme cette voix venue susurrer à l’oreille de Charles Alloncle une série de questions à charge pour les représentants du service de l’audiovisuel public, émanant directement de la direction des affaires institutionnelles du groupe Lagardère, contrôlé par Vincent Bolloré, d’après une enquête du quotidien Le Monde... « Je ne les ai pas utilisées », a juré ses grands dieux le Rapporteur. S’il le dit. Je dis, moi, que rarement un mot comme celui de « rapporteur » aura été à ce point de circonstance…