Ce 31 août correspondant au retour de mon distingué collègue (qui m’avait chargée, c’était le challenge estival, de ne distiller que des mots enchanteurs dans ce billet durant son congé), je me vois délivrée de cet apostolat aux allures de méthode Coué. Et heureusement que je peux donner libre cours à ma colère, à ma hargne et mon courroux (coucou !, spéciale dédicace au regretté Desproges), car l’actualité ne manque pas de quoi s’y agripper...
Je passe sur les gesticulations des z’uns et des z’autres candidats-à-la-présidentielle qui rivalisent de dingueries inenvisageables voire illégales (effacement de la dette, interdiction des dispositifs d’immigration sur le seul territoire mahorais, rééquilibrage de la « taxation entre le travail, le capital, la retraite et l’héritage », il promet d’être rigolo Raphaël Glucksmann) pour me concentrer, telle la tomate, sur le dernier coup d’éclat d’Emmanuel Macron avant la quille. Et c’est quoi son projet ? Après un été caniculaire, des incendies mortels, des appartements en surchauffe, une surenchère des propositions des politiques de tous bords se vautrant (oui, on est au-delà du flirt) avec le pire de l’extrême-droite, des exploitants agricoles au bord du suicide et j’en passe ? Un vaste plan d’urbanisme pour rendre les villes vivables ? Une réflexion nationale pour une agriculture véritablement vivrière ? Un audit réaliste des apports de l’immigration dans le pays ? Ben non, voyons ! Avec son bro, le « prince héritier » Mohammed ben Salmane (celui qui a fait découper un de ses opposants, le journaliste Jamal Khashoggi, au Consulat d’Arabie saoudite, oui oui, le même), il a annoncé avec une fierté à peine dissimulée que « MBS », anticipant la baisse des revenus issus du pétrole, va implanter en France… des parcs d’attraction. À Cergy-Pontoise, dans quelques années, pourrait donc voir le jour un nouveau complexe, dont un parc autour de l’univers des mangas. « Le projet est né d’une discussion entre le Président de la République et le prince héritier en décembre 2024 à Ryad, lorsqu’ils ont découvert leur passion commune pour les mangas et notamment Dragon Ball », s’est épanchée à l’AFP une conseillère d’Emmanuel Macron, bonjour le niveau des relations diplomatiques. 6 Mds € d’investissement, 22.000 emplois : sur le papier, ça envoie. Après, il semble que ce n’est pas encore fait, cette affaire. D’abord les ayants-droits japonais des licences n’ont pas signé quoi que ce soit. Ensuite, Valérie Pécresse le confesse : si le conseil régional d’Île-de-France travaille depuis plusieurs mois sur la possibilité d’un tel projet, on est loin du premier coup de pelle pour déloger le Gargantua qui pourrit depuis des années et la faillite du parc Mirapolis, lieu choisi pour y loger le projet démentiel de nos deux dirigeants. Et moi je me demande à quel niveau de déconnexion notre Président est arrivé pour faire abstraction à ce point de toutes les urgences de ce pays pour pondre et se réjouir d’un machin pareil. Je ne dois sûrement pas voir plus loin que mes voisins agriculteurs désolés, les petits vieux qui ont péri pour cause de canicule, les 2.355 enfants qui dorment dans la rue et les hectares dévorés par le feu. J’ai pas la vision. Sinon celle de deux enfants pourris gâtés par la vie, qui jouent avec celles des autres, et aux commandes d’un train fantôme qui s’appelle pouvoir, conduisent l’humanité droit dans le mur…