Mercredi 9 septembre, à Dallas, devant les militants républicains réunis pour une convention exceptionnelle, Donald Trump a fait ce qu’il sait faire de mieux : une nouvelle promesse « bullshit » ! « Voilà ma promesse, a-t-il déclaré. Si les républicains gagnent à la fois la Chambre des représentants et le Sénat, grâce à nos succès économiques, j’émettrai un dividende de 5.000 $ pour chaque citoyen adulte des États-Unis », envoyant ainsi valser les principes démocratiques les plus élémentaires, tel un cow-boy sur son cheval de rodéo. Pour l’ancien homme d’affaires, il devient évident que les règles électorales ne sont que perte de temps et billevesées. Pourquoi se triturer les neurones afin de trouver de crédibles réponses politiques aux problèmes du pays, quand il suffit de faire le show en agitant un chèque sous le nez de 250 millions d’Américains ? Avec en prime un chantage façon parrain de film noir : votez bien, et papa vous récompense. Votez mal, et la caisse reste fermée.
Avec Trump, on simplifie, on nivelle par le bas et le suffrage universel, pour une poignée de dollars, n’est plus qu’affaire de transaction. Le pire étant, qu’à ce jeu de dupe, l’homme à la chevelure orange n’en est pas à sa première cartouche, puisqu’en novembre 2025, il promettait déjà un « dividende tarifaire » de 2.000 $, financé par les droits de douane et resté... lettre morte. Une promesse non tenue n’est jamais un problème pour Donald Trump, c’est simplement le brouillon de la suivante et pour quelques dollars de plus ! Cette fois la somme à débloquer avoisinerait les 1.000 Mds$. Une manne qui serait là encore financée par les droits de douane, brandis comme la corne d’abondance qui rendrait tout possible. Or ces derniers n’ont rapporté que 195 Mds$ en 2025. Il manque donc, au bas mot, huit cents et quelques milliards à l’appel. Où est le problème quand tout n’est plus que fantasme et délire mégalomane ? Au-delà de l’aspect irréaliste de la mise en place d’un tel dispositif, c’est ce que dit cette annonce de la conception qu’a le président américain de la démocratie qui inquiète le plus. Les règles du jeu sont ici celles du western et du deal.
Du Bon, la Brute et le Truand, qui clôture la trilogie du dollar de Sergio Leone, Trump transcende la figure du truand en ne proposant plus à ses électeurs de voter pour un programme mais de passer un pacte, de réaliser une opération financière, avec retour sur investissement garanti si - et seulement si - le résultat est le bon, c’est-à-dire celui qui lui convient, qui va dans son sens. Ce glissement n’est pas nouveau. Il s’inscrit dans la longue habitude d’un président qui, depuis 2020, entretient un rapport pour le moins... créatif avec les valeurs républicaines et l’intégrité des scrutins : élections prétendument « volées », évocation de fraudes massives jamais démontrées, vote par correspondance présenté comme un système « corrompu », appel à ces participants à voter et à « tricher comme des malades » et maintenant une promesse financière destinée à influencer le comportement électoral. Avec cette conviction : le vote mérite d’être « aidé » quand il n’est plus garanti. Ce n’est rien d’autre que de la corruption civile : ce n’est plus « votez pour moi et je ferai telle réforme », c’est « votez pour moi ou vous ne toucherez rien ». Ses partisans y verront une promesse de campagne comme une autre, une manière franche de dire que le pouvoir républicain profite au portefeuille des Américains. Pour les autres, une nouvelle barrière se brise, un palier de plus est franchi, du populisme vers la dérive totalitaire, en fanfare et en toute décontraction par Donald le pistolero, sourire aux lèvres et carnet de chèques (vide) à la main.