Je ne tiens pas le compte de tous les discours dont mon métier m’inflige me permet l’écoute silencieuse, voire recueillie, l’esprit déjà en alerte pour la séquence suivante dite du « micro tendu » où micros donc, mais aussi portables en mode dictaphone, recueillent la parole du monsieur (ou de la dame, mais il faut reconnaître que c’est moins souvent le cas) qui vient de parler à la tribune.
L’idée est de se battre gentiment contre les confrères pour placer « sa » question qui viendra éclairer un point du discours précédemment débité déclaré. Soyons francs : c’est rarement transcendant. Les « éléments de langage » soigneusement choisis par les communiquants, puis encore plus soigneusement examinés par les agents de service concernés, puis décortiqués/réécrits par les élus eux-mêmes qui ne sont pas des communiquants mais pensent l’être, donnent au final un brouet qui nourrit assez peu l’esprit.
Mieux vaut être attentif pour trouver un morceau de quelque chose qui surnage suffisamment pour pouvoir le harponner et y accrocher une question. Comme toujours dans ce genre d’exercice extrêmement calibré, c’est quand ça sort du cadre que cela devient intéressant : pas quand le monsieur (ou la dame) bafouille ou savonne, non non ; mais quand, s’évadant des ornières soigneusement balisées par ses équipes, il (elle) se sent pousser des ailes et s’en va baguenauder dans les pâturages de son imaginaire, les dites équipes réduites au silence devant la presse.
D’ailleurs, plus l’élu.e est capé.e, plus il (elle) a l’expérience du discours, plus on a des chances de le (la) voir sauter les barrières et nous livrer le fond de sa pensée tout en retombant sur ses pattes, sans trahir le propos initial et parfois même en trouvant sans le savoir une formule qui fait mouche (et ça nous change du harpon).
Ainsi François Sauvadet livrant quelques mots sur le projet Osmose (lire en page 3) s’est-il affranchi de son discours destiné à éclairer l’auditoire quant aux motivations qui l’ont poussé à investir 34 M€ dans ce bâtiment destiné à accueillir non pas du public, mais les agents des services centraux et 15 M€ de plus pour les services décentralisés du conseil départemental pour le résumer en une formule : « En investissant comme on l’a fait on montre que l’on fait confiance à nos agents. Investir, c’est une marque de confiance ».
À l’heure où d’aucuns cherchent des solutions pour booster l’attractivité dans leurs entreprises ou leurs collectivités, cette petite formule a tout de la pêche miraculeuse. Certes tout le monde n’a pas 34 M€ à dépenser, mais rien que décider de faire confiance à ses équipes ne coûte rien en numéraire et ça peut rapporter beaucoup.