La ministre de l’Agriculture l’a déclaré vendredi 20 février chez nos confrères de France Inter : « Depuis le 2 janvier, nous n’avons plus aucun cas de dermatose nodulaire contagieuse », précisant que toutes les zones réglementées ont été levées « à l’exception d’un tout petit morceau des Pyrénées‑Orientales, lié à un cas en Espagne », se félicitant du succès du dispositif mis en place pour éradiquer l’épizootie : « Le temps et le protocole choisis nous ont donné raison, a martelé Annie Genevard. Ça veut dire qu’on reprend une vie normale, qu’on peut à nouveau commercer et qu’on peut à nouveau bouger ces animaux » et même qu’« on aurait pu aller au Salon de l’agriculture ».
On, comprendre les éleveurs et surtout leurs vaches (dont une représentante de l’espèce est traditionnellement l’égérie du salon qui a débuté samedi 21 février), normalement stars de la Porte de Versailles, dont les croupes sont flattées sans la moindre vergogne par les élus de tous bords en goguette et, encore plus en années électorales, comme si tâter le cul des vaches avait des vertus magiques. Alors oui, c’est pas de bol, « on » aurait pu. Pour ça, il aurait fallu que « on » ne soit pas violemment traumatisé par les modalités du protocole victorieux qui a consisté, rappelons-le, à l’abattage - dans les exploitations ! - de la totalité des troupeaux dès qu’un cas de dermatose nodulaire contagieuse était déclaré, vaccination depuis un mois ou pas.
Certes, les quelque 3.000 bovins abattus pour vaincre l’épizootie ne représentent que tchi (- de 1%) du cheptel français. Mais le drame dans les exploitations n’est pas quantifiable : il faut imaginer l’arrivée d’une brigade de vétérinaires encapsulés, parfois protégés par des forces de l’ordre - car il y a eu convergences des luttes entre la Confédération paysanne (plutôt de gauche) et la Coordination rurale (plutôt très de droite) - pour tenter de s’opposer à ces abattages imposés par l’Union européenne, les vaches abattues dans les bâtiments qui les abritaient jusque-là, l’odeur et les carcasses emmenées pour être détruites, tandis que les éleveurs n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. Depuis 2021 et la loi sur la santé animale, la DNC est en effet classée en catégorie « A » par l’Europe parmi les maladies les plus graves et contagieuses à éradiquer au plus vite. L’Union européenne impose alors trois règles : l’abattage total du troupeau dès le premier cas, la vaccination des bêtes à proximité et l’interdiction de déplacer les animaux. Et pourquoi donc ? Parce que ce sont des conditions indispensables pour que la France soit déclarée indemne de maladie et puisse continuer d’exporter sans restriction - la solution a été soutenue par les syndicats majoritaires FNSEA et JA.
Cette épizootie nous met brutalement en face de la réalité du métier d’éleveur : mettre au monde des bovins, les faire grossir afin qu’ils soient transformés en viande ou produisent du lait pour l’industrie laitière et fromagère, pesant du même coup sur les cours. Loin, très loin du narratif imposé au salon de l’agriculture, où les Parisiens s’extasient sur les charmes de la Normande Oreillette (égérie 2024), de la Charolaise Idéale (2020), de la Gasconne Valentine (2012) ou de la Vosgienne Candy (2011) en oubliant que la gentille ruminante est la représentante d’une espèce qu’ils connaissent plutôt sous forme de barquette de steaks ou de plateaux de fromages.
Alors oui, « on » a été durablement traumatisés et « on » s’en souviendra au moment des élections, je parierais un Époisses AOP là-dessus, car un électeur rural, contrairement à ses vaches, quand il en a marre de se voir flatter par les promesses, donne un coup de pied - en vache, justement - et dit son ras-le-bol dans les urnes. Une pincée de Mercorsur là-dessus, un poil de PAC en retard par-là et je parierais un deuxième Époisses qu’une prochaine égérie du Salon aura Jordane pour petit nom.