Humeur

Vivement qu’on crève à nouveau !

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Frédéric Chevalier (Crédit : DR)

Alors qu’outre-Atlantique, un homme sévèrement burné, pour reprendre l’expression d’un Bernard Tapie façon marionnette des Guignols de l’info, met le Moyen-Orient à feu et à sang pour satisfaire son seul hubris, il devient évident que, sur son orbite, notre bonne vieille Terre ne tourne plus vraiment rond. « Normal, Elle est plate ! », s’empresseront d’éructer les plus avisés des complotistes.

La France n’est pas en reste, avec le retour de l’acétamipride en pleine trompe de nos si précieuses abeilles, par le truchement de la loi d’urgence agricole, définitivement adoptée le 21 juillet. Un véritable déni de démocratie que cette réintroduction du néonicotinoïde autorisé dans l’Union européenne mais interdit depuis plusieurs années dans l’Hexagone et qui avait fait l’objet d’un rejet massif de la population en récoltant plus de 2,1 millions de signatures en faveur d’une pétition contre la loi Duplomb…

Vu que notre espèce ne saurait être changée en statue de marbre à regarder en face sa propre laideur dans le reflet trouble d’un lac à la manière d’un Narcisse, je vous propose, après la mise en bouche de la semaine dernière, de nous installer bien confortablement dans nos fauteuils de Candide pour profiter du film de notre déliquescence annoncée sur grand écran total indice 50. Son titre : Droit dans le mur, avec en vedette internationale le « chaud bouillant » changement climatique !

Alors, oui, j’entends d’ici maugréer les plus optimistes d’entre vous, tous les aficionados de la résilience humaine, les tenants d’une approche toujours plus technologique capable de réaliser, seule, le miracle d’une poursuite de la civilisation humaine avec le modèle de développement actuel… « Non, le dérèglement climatique ne fera pas disparaître toute l’humanité ». Certes, mais on risque fort de se sentir moins à l’étroit.

Jusqu’à 75 % des habitants de la planète pourraient être victimes de vagues de chaleur meurtrières à l’horizon 2100, selon l’analyse publiée en 2017 dans Nature Climate Change. En France, à l’été 2003, plus de 15 000 morts avaient été liées à la canicule. Cette année, entre le 17 juin et le 2 juillet, Santé publique France fait état de 5 764 décès imputables aux fortes chaleurs et ce n’est qu’un début ! Et si, demain, nous ne serons plus obligés de nous accommoder des effluves piquants d’aisselles dans des transports en commun enfin désengorgés, ça ne sera pas la Dolce Vita pour autant.

« À l’horizon 2100, le nombre de jours de vagues de chaleur sera multiplié par dix », annonce la paléoclimatologue, membre du Haut Conseil pour le Climat, Valérie Masson-Delmotte, avant d’ajouter que : « dès 2050, si le réchauffement planétaire atteint 2 °C, la pire configuration possible pourrait conduire une ville comme Paris à atteindre 50 °C » et de pronostiquer « une montée du niveau de la mer dépassant potentiellement 60 centimètres ».

Des chiffres encore, avec ce rapport de l’Unicef publié en janvier 2025 qui indique que 242 millions d’enfants dans 85 pays (1 élève sur 7) ont vu leur scolarité perturbée en 2024 en raison d’événements climatiques extrêmes... Et je ne vous ai pas parlé des inéluctables affrontements sur la ressource en eau, de la disparition paroxysmique de la faune et de la flore, faisant de notre monde un miroir de celui du film d’anticipation Soleil Vert, du défi des réfugiés climatiques exacerbant les tensions géopolitiques, source de toujours plus de conflits mondiaux…

Plus inquiétant encore, tout ce que je viens d’évoquer part d’hypothèses liées à une baisse drastique de l’utilisation des énergies fossiles et à des investissements massifs dans les énergies alternatives, ainsi qu’à des évolutions radicales des modes de vie. Des postulats qui achoppent sur le discours de TotalEnergies, la multinationale au 9,8 Mds$ de résultat net, prévoit d’augmenter sa production de pétrole et de gaz de 4 % d’ici 2030, pratiquant dans le même temps, sur les énergies renouvelables, un piano, piano et une réduction de la voilure, côté investissement, dangereusement court-termiste...