Humeur

Vivement qu’on crève en(fin) !

Lecture 5 min
Frédéric Chevalier (Crédit : DR)

Il y a 15 jours, face à une déferlante d’informations plus désespérantes les unes que les autres, je vous ai proposé de dérouler ensemble trois scénarios de « destination finale » pour une humanité qui, à trop déconner, mérite de moins en moins sa place sur le dos de notre pauvre planète « blues » en manque d’ostéo.

En empruntant la punchline « vivement qu’on crève ! » des chroniques de l’humoriste Yann Marguet, sur l’émission télévisée Quotidien, nous avons ainsi évoqué l’abêtissement numérique et son délétère effet « mouton de Panurge », l’apocalyptique dérèglement climatique dont les « révélations » nous marquent plus que jamais au fer rouge, au vu des 116 085 hectares parcourus, à date, par les flammes en France (dont 150 hectares sur la commune de Couchey) depuis le début de l’année, selon le ministre de l’Intérieur. Sans parler de la sécheresse record qui voit de nombreuses régions françaises totaliser entre 30 et plus de 60 jours sans pluie significative depuis la première vague de chaleur précoce survenue fin mai. Une sécheresse qui se traduira par des coûts supérieurs aux 5,6 Mds€ (dont 3,5 Mds€ pour les seules fissures des maisons individuelles) estimés pour celle de 2022, a déclaré lundi 27 juillet la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut...

Cette semaine, on se fait une dernière fois peur avec… l’IA. Celle-ci est de plus en plus impliquée dans les opérations militaires, notamment les systèmes d’armes autonomes, les systèmes d’aide à la décision militaire, les cyberopérations et les cybercapacités, la logistique, la surveillance et l’analyse du renseignement. Une présence qui pourrait in fine accélérer et intensifier les conflits, les rendre plus imprévisibles, et réduire la part de contrôle humain sur le recours à la force.

Or, selon une étude britannique menée par le King’s College London, placées face à des crises fictives, les intelligences artificielles choisissent presque systématiquement l’escalade nucléaire. Les chercheurs ont utilisé trois modèles, Chat-GPT, Claude et Gemini, pour les opposer dans 21 simulations de guerre entre puissances nucléaires. La tendance à jouer au Docteur Folamour ressort dans 95 % des cas (20 parties sur 21) alors que, pour prendre ses décisions, l’IA pouvait s’appuyer sur une palette d’options graduelles qui contenait notamment la diplomatie, les concessions, ou l’acceptation de la défaite. Une dernière option jamais saisie par l’IA au cours des différents tests. Pire, dans trois quarts des cas, l’IA a employé la menace de frappes nucléaires contre les grandes villes et les zones très peuplées, alors même que les modèles avaient été avertis des conséquences cataclysmiques d’une guerre atomique. Une peur du « feu nucléaire » qui est pourtant à la base de la stratégie dissuasive des États.

Cette non-adhésion aux valeurs humaines, qualifiée de non-alignement par les experts, inquiète jusqu’aux magnats de la tech : Elon Musk a aussi estimé, fin 2024, lors d’un forum en Arabie saoudite, qu’il y avait de « 10 % à 20 % de chances que les choses tournent mal ». Le risque qu’une IA non alignée conduise l’humanité à sa perte est évalué à une probabilité sur 10 selon une récente grande étude de l’institut Future of Humanity, dépendant de l’université d’Oxford. À titre de comparaison, cette même source estime à une probabilité sur 10 000 un anéantissement lié à une météorite, à une sur 1 000 si c’est le climat qui fait des siennes et à une sur 30 pour le cas d’une pandémie…

Voilà, la messe est dite et c’est Saint Claude ou Saint Gemini qui vous donnera l’extrême-onction et pas à la Saint-Glinglin, cela pourra arriver plus tôt qu’on ne le croit… En attendant, la semaine prochaine Emmanuelle de Jesus reprend la barre, pas du Titanic, mais des éditos du JDP. Il était temps pour moi, après trois billets suicidaires successifs : je suis crevé !