Non, la grande distribution n’est pas le défenseur du pouvoir d’achat
Commerce. En réaction à la campagne de communication menée conjointement par les grands distributeurs, il nous faut rappeler les conclusions de la commission d’enquête sénatoriale sur les marges des industriels et de la grande distribution.
En réaction à la campagne de communication menée conjointement par les grands distributeurs, il nous faut rappeler les conclusions de la commission d’enquête sénatoriale sur les marges des industriels et de la grande distribution.
Car voir les principaux acteurs de la grande distribution s’unir dans une campagne commune est suffisamment rare pour être souligné. Quand ceux qui se livrent quotidiennement une guerre des prix acharnée parlent soudainement d’une seule voix, c’est qu’ils défendent un intérêt commun : le leur !
Cette campagne de communication lancée par la grande distribution vise à décrédibiliser notre rapport, en ayant recours à plusieurs contre-vérités.
1. Tout d’abord, prétendre que notre rapport voudrait interdire les négociations est une pure invention. Cette campagne repose sur une fake news destinée à éviter le débat de fond. Parmi les 24 recommandations formulées par la commission, aucune ne vise à empêcher les distributeurs de négocier. Nous demandons simplement davantage de transparence afin de vérifier si les baisses obtenues auprès des fournisseurs profitent réellement aux consommateurs. Nous proposons que soit publiée chaque année la comparaison entre l’évolution des prix négociés et celle des prix de vente au consommateur. Notre rapport ne menace pas les négociations. Il menace les pratiques violentes de négociation et l’opacité.
2. Ensuite, les chiffres avancés dans cette campagne sont d’une mauvaise foi sans égal. Affirmer que le panier alimentaire coûterait 37 % plus cher sans l’intervention des distributeurs est trompeur. Cette démonstration ne part pas du prix réellement payé par les enseignes, mais du tarif brut fournisseur, c’est-à-dire du point de départ de la négociation. Comme le rappelle l’économiste Olivier Mevel « Le vrai prix, celui qui traduit le rapport économique réel, c’est le trois fois net : après remises immédiates, RFA, coopérations commerciales, budgets promotionnels, logistique et accords de centrales européennes ».
3. Pire encore, la grande distribution met en scène un affrontement qui l’opposerait aux multinationales. Ce récit est encore une fois trompeur. Les distributeurs eux-mêmes sont des groupes internationaux parmi les acteurs économiques les plus puissants d’Europe. Et derrière les multinationales mises en avant dans cette campagne, le rapport sénatorial met en évidence que 98 % des entreprises agroalimentaires françaises sont des PME ou des ETI. Il rappelle d’ailleurs qu’un tiers d’entre elles sont aujourd’hui déficitaires.
4. Enfin, le panier présenté est un panier de produits ultra-transformés : pas de fruits, pas de légumes, pas de fromage, pas de viande ou poisson, pas de produits frais… Or des produits comme Coca-Cola ou Nutella sont traités comme des produits d’appel et sont donc très peu margés par les distributeurs. En revanche, les produits frais, les fruits et légumes ou encore le bio supportent des marges beaucoup plus élevées. Ce mécanisme de péréquation des marges contribue à rendre les produits sains plus coûteux pour les ménages. Les premières victimes de la guerre des prix sont les produits sains.
Il est difficile de prétendre défendre le pouvoir d’achat tout en instaurant des prix artificiellement bas sur quelques produits d’appel et des marges élevées sur les produits frais et de qualité. Que les cinq principales enseignes françaises se mobilisent ainsi et ensemble contre une demande de transparence est sans doute signe que cette transparence est devenue indispensable.