Alors que le Sénat a fait tomber la loi sur l’aide à mourir, Antoine Hérouard, archevêque de Dijon, avait adressé la veille de son examen une lettre aux sénateurs de la Côte-d’Or, entendue comme une réflexion « sur les enjeux humains, sociaux et éthiques soulevés par ce texte et invitant les parlementaires à un discernement attentif », écrit le diocèse.
« Alors que le Sénat s’apprête à examiner le projet de loi relatif à « l’aide active à mourir », je souhaite vous adresser la tribune récemment publiée par les évêques catholiques de France.
Par ce texte, nous avons voulu alerter solennellement sur la portée humaine, éthique et sociale d’un projet qui introduirait dans notre droit la possibilité de provoquer volontairement la mort. Une telle évolution ne constitue pas un simple ajustement législatif : elle engage une vision de la personne humaine et du lien de solidarité qui unit notre société, en particulier envers les plus fragiles.
La tribune rappelle avec force l’attachement de nombreux acteurs à la loi française qui, jusqu’à présent, a refusé la mort provoquée et privilégié l’accompagnement, le soin et la solidarité jusqu’au terme de la vie. Elle souligne également un point décisif : le Conseil consultatif national d’éthique a fait de la généralisation effective des soins palliatifs une condition éthique préalable à toute évolution législative en matière de fin de vie. Or cette condition n’est aujourd’hui pas remplie, tant les inégalités d’accès à ces soins demeurent importantes sur le territoire.
Dans ce contexte, nous craignons que des notions essentielles telles que la fraternité, la liberté ou la dignité ne soient profondément altérées si la réponse apportée à la souffrance venait à être l’acte de donner la mort, plutôt que celui de soigner, d’accompagner et de ne pas laisser seul. En outre, se pose aussi la question du respect de l’objection de conscience, non seulement pour les soignants, mais aussi, pour tous les autres acteurs et les établissements eux-mêmes (Hôpitaux catholiques, EPHAD) qui risqueraient, en conscience, d’être contraints de fermer.
Je vous remercie de l’attention que vous porterez à cet appel et me tiens à votre disposition pour reparler de cette question très grave, qui n’est pas d’ordre confessionnel, mais touche à l’avenir de notre commune humanité ».