Une stratégie nationale et territoriale pour l’agroalimentaire
Bœuf charolais, volaille de Bresse, saucisses de Morteau ou de Montbéliard… Derrière ces productions renommées il y a toute une filière dédiée à la viande, soit 16.500 emplois en 2022 dans la région (6.800 exploitations agricoles d’élevage, 91 établissements d’abattage et de transformation), pointe une note récente de l’Insee. Cette filière a créé 516 M€ de richesse en 2022, pour moitié par l’abattage et la transformation, avec plusieurs champions industriels. Dans certaines zones rurales, à l’ouest en particulier, la filière est un pilier de l’économie locale. Mais ce pilier est fragilisé : la transmission des exploitations est difficile, et de nombreux métiers de la filière connaissent une forte rotation. Les aléas climatiques et sanitaires sont nombreux et malgré la remontée récente des cours de la viande, la filière souffre de coûts de production en hausse (dont l’énergie), alors que la consommation de viande baisse ou se réoriente (davantage de volaille, par exemple).
Stratégie nationale
C’est dans ce contexte que s’est tenu, jeudi 16 avril, le lancement des travaux régionaux sur la souveraineté alimentaire à l’Institut Agro à Dijon, coup d’envoi de la phase territoriale des conférences de souveraineté alimentaire, faisant suite à une première phase nationale engagée à l’automne 2025, afin de définir, d’ici 10 ans, une « stratégie ambitieuse pour renforcer la capacité de production et de transformation agricoles françaises ». Cette volonté fait suite à la publication de loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture (Losarga) du 25 mars 2025, qui a érigé la souveraineté alimentaire au rang d’« intérêt général majeur en tant que sujet prioritaire et vital », selon la ministre de l’Agriculture Annie Genevard alors que la guerre en Ukraine a pointé notre dépendance aux engrais de l’Est et le front au Moyen-Orient s’est accompagné d’une flambée des cours de l’énergie. En Bourgogne Franche-Comté, cette démarche vise à faire émerger des projets concrets au plus près des territoires, en mobilisant l’ensemble des acteurs du monde agricole et alimentaire. Leurs travaux seront restitués fin juin 2026. « Que faut-il produire pour être moins vulnérables et moins dépendants pour rayonner à l’international ? », a ainsi introduit la secrétaire générale pour les affaires régionales, ajoutant que cette stratégie nationale s’appuie non seulement sur « les manières de produire, comment, dans quelles conditions » mais aussi sur la volonté de « changer les modes de consommation » en trouvant les bons messages pour convaincre d’acheter local pour consommer des produits issues de filières respectant des normes strictes et préservant de surcroît l’emploi.
La BFC, champ(s) des possibles…
À l’heure du changement climatique, la force de la BFC est de bénéficier d’une fenêtre d’opportunité favorable à la culture de produits jusque-là circonscrits aux départements méridionaux — des expérimentations sur les abricotiers sont en cours. La période est également propice à la relocalisation réussie (et aidée) de certaines filières (moutarde, engraissement des bovins viande). Mais, avertissent les professionnels, rien ne se fera sans une volonté politique, une prise de conscience des consommateurs et la mise en œuvre de projets structurants pour garantir, par exemple, l’accès à une ressource directement impactée par le changement climatique : l’eau.