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93e année

La pluie devient vitale pour la vigne bourguignonne

Viticulture. Selon Thiébault Huber, président de la CAVB, la vigne est au « point de bascule » : sans précipitations ou baisse des températures, le millésime 2022 est compromis.

(Crédit : DR)

Si les fortes chaleurs et l’absence de pluie se font pesantes dans notre quotidien, pour les vignerons, la canicule est un enjeu majeur. Selon Thiébault Huber, président de la Confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne (CAVB), la filière est « même à un point de bascule. Nous avions eu quelques orages en juin, rappelle-t-il. Mais ce capital hydrique a été épuisé. Donc là, nous attendons la pluie. Avec des précipitations, tout est en place pour un millésime grandiose. » La vigne est en effet exempte de maladies et contrairement à l’année dernière, aucun épisode de gel tardif n’a été à déplorer. Des orages sont attendus après le 15 août, littéralement comme un signe du ciel. Sinon…


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« Deux scénarios se dessinent, explique Thiébault Huber. Soit les températures baissent et même sans pluie, la concentration se fera par évaporation et l’on aura un millésime proche de 2003, pour lequel nous avons été étonnés car le vin s’est très bien gardé. Soit on reste dans ces vagues de chaleur successives et ce vent très chaud et là tout sera desséché avant même que ce soit mûr. Dans ce cas, c’est une très grosse perte de récolte car les raisins vont complètement flétrir. » Or l’année dernière a déjà été compliquée, avec un déficit de récoltes de 35% en Bourgogne, jusqu’à -50% en Côte-d’Or, à cause des gelées d’avril. Certes, les vignerons pourront toujours demander des aides, « si le scénario catastrophe est avéré on fera le nécessaire pour obtenir des aides calamités agricoles, se résigne le président Huber. Mais ce n’est pas la solution. On aimerait bien vivre de notre métier ! »

L’avenir est dans le passé

La profession est bien consciente des mutations qu’elle doit opérer pour s’adapter au changement climatique et réclame donc une souplesse identique de la part des pouvoirs publics. « Plutôt que des aides, je crois plutôt que l’État doit nous accompagner en protégeant les budgets de la recherche agricole. Il faut aussi plus de liberté dans les cahiers des charges des AOC : essayer de nouvelles variétés de porte-greffes, de nouvelles lignées de cépages, l’agroforesterie. Des pistes sont à exploiter, il faut juste nous laisser le faire et accélérer le mouvement. » Sans oublier un point sensible : la possibilité de stocker l’eau d’hiver pour la distribuer aux moments critiques.

Sur le point très précis de la recherche, le « principal levier, rappelle Thiébault Huber, est un porte-greffe capable de résister à la sécheresse », sur lequel des études sont menées depuis de nombreuses années. En revanche, s’insurge-t-il, pas question de se tourner vers des cépages méditerranéens. « En Bourgogne, cela fait une vingtaine d’années que l’on a isolé toutes les vieilles lignées de pinot noir, de chardonnay, d’aligoté et de gamay, dans des conservatoires publics ou privés. C’est ceux-là que l’on est en train d’explorer pour les multiplier et les mettre sur le marché, plutôt que de vouloir nous faire planter de la syrah, des cépages grecs ou espagnols ! Je ne suis pas d’accord. Notre ADN c’est le pinot noir, le chardonnay, restons sur ces cépages-là. »

Emmanuelle de Jesus