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93e année

Les silos du Batardeau changent de propriétaire

Urbanisme. Préambule indispensable au futur écoquartier, la promesse de vente du site a été signée, le 9 septembre, entre 110 Bourgogne et l’EPF Doubs Bourgogne Franche-Comté, mandaté par la ville d’Auxerre.

Les silos du Batardeau changent de propriétaire
À proximité immédiate du centre-ville, les anciennes installations de 110 Bourgogne devraient laisser place dans quelques années à un écoquartier 100 % autonome en énergie et exemplaire en matière d’impact environnemental. (Crédit : Ville d’Auxerre)

Ils sont les témoins d’une autre époque. « Verrue » pour les uns, « cathédrale de béton » pour les autres, les iconiques silos à grain des bords de l’Yonne restent indissociables du paysage auxerrois. « Composé d’un moulin et de quatre silos permettant de stocker 20.000 tonnes de céréales pour la fabrication de la farine, le site historique du Batardeau, situé en plein cœur d’Auxerre, a été construit en 1931 », précise la municipalité. Désaffectées depuis cinq ans, les installations, propriété de 110 Bourgogne, pourraient de nouveau participer à l’expansion économique de la cité.

« Si l’emplacement en plein centre-ville a fait débat à une époque récente, il a longtemps été stratégique. Sa situation au bord de l’Yonne permettait le transport fluvial avec le chargement de nombreuses péniches, rappelle Walter Hure, le président de la coopérative agricole. Il était temps, pour cet emblème de l’industrie, de reprendre vie, à des fins totalement différentes ». Après 18 mois de négociations, 110 Bourgogne et la ville d’Auxerre, par l’intermédiaire de l’Établissement public foncier (EPF) Doubs Bourgogne Franche-Comté, ont en effet signé, le 9 septembre dernier, la promesse de vente de l’ensemble immobilier pour la somme de 1,9 million d’euros.


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En se portant acquéreur des 13 hectares de friches industrielles, la ville d’Auxerre entend ainsi valider la première étape de son écoquartier Batardeau-Montardoins, dont le périmètre a été délimité dans le projet de territoire 2021-2031, et qui devrait à terme s’étendre sur 18 hectares. En mars dernier, ce programme de requalification urbaine, baptisée « Auxerre ambitieuse », était l’un des trois seuls projets de Bourgogne-Franche-Comté à avoir été retenu par le ministère de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales et le ministère du Logement, dans le cadre de la deuxième vague de l’appel à manifestation d’intérêt (Ami) « Démonstrateurs de la ville durable » de France 2030. Financée par la Banque des territoires et l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru), une enveloppe de 500.000 euros a été accordée pour la phase d’incubation, au titre de l’accompagnement à la transition écologique des quartiers. « Partenaire du projet, Equans Aire nouvelle travaille actuellement sur la réalisation d’un quartier alimenté par un mix énergétique mêlant notamment le photovoltaïque, l’hydrogène vert ou la pyrogazéification », informe la ville.

Nouvelle dimension

« Au-delà de la création d’un écoquartier, nous avons la volonté de repenser l’aménagement urbain et d’imaginer la ville de demain, en intégrant les différentes composantes de la transition écologique, que ce soit dans l’utilisation d’écomatériaux qui s’appuierait sur l’économie circulaire avec le recyclage des produits locaux ou dans l’intégration architecturale qui ferait le lien avec le passé industriel, tout en étant respectueuse de son environnement. Nous souhaitons insérer, dans ce projet, la nécessaire limitation de l’emprise urbaine, préserver la perméabilité des sols et créer des îlots de fraîcheur », explique Crescent Marault, le maire d’Auxerre.

« Avec ce nouveau quartier, Auxerre va entrer dans une nouvelle dimension »

« Interconnecté au centre-ville, ce nouveau quartier prendra en compte les nouveaux défis de la mobilité et de la production en ville, en étudiant, par exemple, l’opportunité d’y installer une ferme urbaine. » En fonction des projets soumis par les investisseurs, ce futur quartier mixera logements résidentiels et locatifs ainsi que des activités tertiaires, culturelles et touristiques. Sur le montage financier et juridique, l’élu promet aussi d’innover avec la recherche d’une collaboration vertueuse entre collectivités locales et investisseurs privés, qui se traduirait par l’injection d’une « centaine de millions d’euros » sur le territoire.

Quant aux sacro-saintes colonnes de béton qui surplombent la rivière, leur sort n’est pas encore fixé dans l’attente des études de charge et de résistance. S’il avait un temps imaginé les voir disparaître, l’Auxerrois fait, à présent, preuve de pragmatisme face aux exigences impérieuses de limiter les gaz à effet de serre. « Quand nous faisons le bilan carbone d’une opération de destruction-construction, il est préférable de s’orienter vers une réhabilitation lorsque l’état de la structure le permet. Nous ferons certainement un compromis avec une conservation partielle. Il est possible qu’il existe de nouveaux usages et un modèle économique à inventer pour ces silos, avance Crescent Marault, enthousiaste. Avec ce nouveau quartier, Auxerre va entrer dans une nouvelle dimension. »

Stéphane Bourdier