Que se passe-t-il sur les vitrines du Village ?
Bâtiment. Quatre ans après son inauguration, la Cité internationale de la gastronomie et du vin (CIGV) de Dijon montre des signes de fatigue prématurés.
En façade, tout paraît impeccable. Les allées du Village gastronomique sont propres, soignées et lumineuses. De grandes illustrations sérigraphiées habillent certaines vitrines des commerces. Mais en s’approchant de ces vitrophanies, la réalité se fissure - au sens propre. Des photographies prises sur place ce 23 mars 2026 puis le 13 avril sont sans équivoque : derrière plusieurs de ces stickers géants décorant les devantures, les vitrages sont fissurés. Des craquelures en étoile, des impacts visibles, et des lézardes courant sur plusieurs dizaines de centimètres : ils partent souvent des bords inférieurs des huisseries et remontent le long des façades vitrées. Le problème se voit très clairement à l’entrée du restaurant Meurette & Persillé, où rien ne vient recouvrir les dégâts, mais aussi à La Gloriette où ils sont très visibles derrière les vitrophanies. Le sol n’est pas épargné. La dalle à l’extérieur présente, elle aussi, des craquelures longitudinales assez importantes. Le site souffre-t-il de problèmes de structure, quatre ans après son ouverture ?
Contacté, un expert du BTP régional avance plusieurs pistes pour expliquer ces aléas. Il rappelle d’abord que la nature du sol peut être déterminante : or le site repose sur d’anciens tracés hydrauliques déviés, avec une possible présence d’argiles sensibles aux variations d’humidité. Pour mémoire en effet, la CIGV est bâtie sur l’assise de l’ancien hôpital général de Dijon, dont la fondation remonte à 1204. De 1204 à 2015, cet hôpital a occupé ce terrain de 6,5 hectares, bordant la rivière de l’Ouche, déviée de son cours dans les années 1960. Ces sols peuvent donc provoquer des phénomènes de « retrait-gonflement, générant des fissures en surface ». Celles-ci restent généralement esthétiques et n’affectent pas la stabilité globale de l’ouvrage. « Il peut donc tout simplement s’agir d’une absence de joint de dilatation, ce qui n’est pas grave du tout », analyse-t-il.
Sur les vitrines son analyse est plus nuancée. Les grandes baies vitrées sont par nature fragiles et peuvent subir des contraintes multiples : mouvements du sol, charges mal réparties venant de la structure, ou encore phénomènes thermiques. « Une forte exposition au soleil peut créer un effet de serre entre la vitre et des éléments proches, entraînant des tensions suffisantes pour fissurer le verre. » L’expert insiste toutefois sur la prudence d’interprétation. La présence de fissures ou de vitres endommagées ne signifie pas automatiquement un risque majeur pour la sécurité. « Des ajustements sont fréquents sur des constructions récentes ou complexes, notamment sur des sites réhabilités ». En revanche, ces désordres doivent être analysés précisément via des expertises techniques, afin d’en identifier l’origine et d’apporter les corrections nécessaires. Pierre Guez, conscient de ces dégâts « dans cette partie de la Cité où il y a des fissures de terrain », assure d’ailleurs sans plus de précisions qu’ils vont être réglés.