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93e année

Redonner toute sa lumière au Roi Soleil

Culture. Les réserves du Musée des Beaux-arts et d’archéologie (MBAA) de Besançon accueillent en ce moment un travail d’une étonnante précision chirurgicale : la restauration du portrait équestre de Louis XIV en vue sa présentation au grand public lors d’une exposition en novembre.

Redonner toute sa lumière au Roi Soleil
(Crédit : JDP)

« Nous ne sommes ni artiste, ni artisan, notre objectif est de remettre l’œuvre dans un état au plus de l’original », explique Françoise Le Corre, restauratrice d’œuvres d’art et galeriste à Dijon, en charge du projet de restauration du portrait équestre de Louis XIV, daté des années 1670 et attribué à René-Antoine Houasse. Ce peintre du roi fit presque toute sa carrière à son service. Impliqué sur la plupart des grands chantiers du règne comme peintre de décor, il participa à l’exécution des plafonds du grand appartement du roi à Versailles et à celle de la voûte de la galerie des Glaces.

Il peignit plusieurs grands portraits de Louis XIV à cheval d’après un carton de Le Brun, qui devinrent l’image du monarque la plus diffusée de son vivant, offerte aux ambassadeurs ou envoyée dans les provinces nouvellement conquises. Le tableau est accroché au sein du somptueux décor ornemental du Grand Salon de l’hôtel de Courbouzon, classé aux monuments historiques. Les lieux abritent depuis 1957, l’UFR Sciences du langage, de l’homme et de la société (SLHS) de l’Université de Franche-Comté (UFC). Six exemplaires originaux de ce tableau sont encore visibles, dont un exposé à Versailles. Mesurant 330 centimètres de haut et 250 centimètres de large, celui de Besançon est le plus imposant.

Une démarche scientifique

« Fragilisé par le temps, il nécessite une restauration fondamentale de la couche picturale, la toile présente quelques zones de décollements, des hétérogénéités, des zones revernies ou repeintes... Le châssis est empoussiéré mais en bon état de conservation, précise la restauratrice. Sur ce projet, nous sommes une équipe de cinq personnes aux compétences multiples : nous avons des historiens de l’art, des scientifiques pour l’analyse des vernis... Avant tout travail, il y a une phase importante de documentation et d’étude afin de définir les meilleurs traitements à appliquer : la prudence est un des axes forts de notre profession ».


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La restauration nécessite à la fois des moyens technologiques comme la fluorescence, les infra-rouges ou les ultraviolets pour dénicher les parties repeintes du tableau, mais également des accessoires plus insolites comme des chauffe-biberons pour maintenir la colle liquide, des seringues pour injecter des adhésifs ou encore un scalpel... « En restauration, on ne sait à l’avance ce qu’il y aurait à faire, il n’y a pas de recette toute faite, nous procédons par analyse critique. En cela, notre travail s’apparente à celui du scientifique et à sa démarche expérimentale », complète Françoise Le Corre tout en indiquant que ce métier nécessite une formation de cinq ans débouchant sur un master et se terminant par un stage à l’étranger.

Appel aux dons

Une fois restauré, le portrait du Roi-Soleil sera présenté au grand public dans le cadre de l’exposition « Le beau siècle, la vie artistique à Besançon : De la conquête à la Révolution (1674-1791) » au Musée des beaux-arts et d’archéologie de Besançon, qui s’ouvrira le 10 novembre 2022 et qui présentera une quarantaine d’objets patrimoniaux. Puis l’œuvre réintégrera son emplacement d’origine au printemps 2023 pour les 600 ans de l’Université de Franche-Comté. Accompagnée par la DRAC dans ce projet de conservation et de valorisation, l’université espère que cette restauration pourra également enrichir le corpus historique de l’œuvre et peut-être permettre de mieux comprendre comment elle est parvenue dans le Grand Salon de l’hôtel de Courbouzon.

À elle seule la restauration du tableau coûte environ 30.000 euros. L’ensemble du projet, exposition comprise, est financé à 50 % par la Drac qui apporte 80.000 euros. Le reste est porté par l’UFC en partenariat avec la fondation du patrimoine qui a lancé une campagne d’appel aux dons sur le site : fondation-patrimoine.org/les-projets/portrait-equestre-de-louis-xiv-a-besancon. L’objectif est de mobiliser 14.000 euros. L’association « Besançon, J’aime ma ville » fait partie des premiers donateurs avec le dépôt d’un chèque de 1.638 euros. « C’est la première fois que la fondation du patrimoine accompagne ainsi une université », précise Agnès Garnier, chargée de mission à la Fondation du patrimoine.

Frédéric Chevalier