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Aignay-le-Duc : un repreneur pour la pharmacie ?

Ruralité. À Aignay-le-Duc, la pharmacie menacée de fermeture pour cause de retraite draine environ 2.000 clients dans un territoire très rural.

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Hubert Brigand
Le député Hubert Brigand (au centre) entourés des élus locaux se sont rassemblés pour attirer l’attention sur le sort des communes rurales. (Crédit : JDP)

À Aignay-le-Duc, au nord de la Côte-d’Or, les 269 habitants de la commune et ceux des communes alentours connaissent tous Geneviève Mayeux : la pharmacienne a repris l’officine en centre-bourg en 1985. De quoi amplement justifier son désir de prendre sa retraite ; elle a donc depuis des mois fait paraître une offre de reprise pour la pharmacie. Dans les cercles professionnels, sur internet, sur des sites généralistes jusqu’à des portails de petites annonces… sans succès.


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L’offre est pourtant alléchante : l’officine draine les habitants des communes autour d’Aignay-le-Duc, soit environ 2.000 clients et réalise un chiffre d’affaires de plusieurs centaines de milliers d’euros dans ce territoire très rural. Un éventuel repreneur n’aurait qu’à racheter le stock, car la pharmacienne cède le commerce à l’euro symbolique et le loyer des murs, qui lui appartiennent, est payé pendant un an par la communauté de communes. Mais rien n’y fait. « Le problème vient des obligations liées à notre profession, explique Geneviève Mayeux. Pour qu’une officine soit ouverte, il faut qu’un docteur en pharmacie soit présent, il ne peut déléguer qu’à un diplôme équivalent. Cela suppose de ne n’avoir que peu ou pas de temps libre. Et ça, les jeunes ne le veulent pas. » Et encore moins en milieu rural qui suppose déjà, chez les jeunes diplômés, une volonté militante hors la ville…

Les élus solidaires

Le 31 décembre devait donc être le dernier jour d’ouverture. Mais la veille, un éventuel repreneur s’est fait connaître et Geneviève Mayeux a reporté son départ à la retraite. Ce même jour, les maires des communes alentours réunis par le député Hubert Brigand se sont rassemblés devant l’officine pour un « baroud d’honneur », selon la formule du parlementaire, destiné à attirer l’attention sur la situation des petites communes rurales : « La pharmacie qui ferme, rappelle Hubert Brigand, ce sont des clients en moins au PMU, dans les commerces… et des villages qui se désertent, car moins attractifs. » « C’est sûr que cela aura un impact ! », s’alarme Maud Lachouette, maire de Moitron et gérante de la supérette installée à quelques mètres de la pharmacie qui en redoute la fermeture.

196 fermetures en 2020

Geneviève Mayeux
Geneviève Mayeux, avec ses chiens qui sont aussi célèbres qu’elle dans la pharmacie ! (Crédit : JDP)

Selon le périodique professionnel Le Quotidien du médecin, il manquerait actuellement 15.000 pharmaciens et préparateurs. De son côté, l’Ordre national des pharmaciens explique que 196 officines ont fermé en 2020. « Ces fermetures, analyse l’Ordre, entraînent une disparition des petites pharmacies de zone rurale ou périurbaine et des laboratoires pharmaceutiques locaux, au profit de gros groupes, ce qui aurait tendance à creuser les déserts pharmaceutiques. » À Aignay-le-Duc, on retient donc son souffle avant la décision de l’éventuel repreneur. Et ce d’autant que dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres, deux autres pharmaciens aimeraient bien, eux aussi, profiter d’une retraite méritée...