La filière hydrogène en BFC : la fin du rêve bleu ?
Région BFC. Après l’abandon ou la mise en pause des projets hydrogène annoncés par de grands constructeurs comme Renault, Airbus, Alstom ou Stellantis, le moteur hydrogène est-il en train de prendre l’eau ? Pour nombre de décideurs, il ne s’agirait là que de turbulences somme toute logiques dans une filière en pleine construction. L’euphorie des débuts semble laisser la place à un réalisme de terrain salutaire. Qu’en est-il en Bourgogne Franche-Comté, la région qui a fait de ce gaz le fer de lance de son développement économique ?
Il était l’élu, celui qui allait réconcilier réindustrialisation, décarbonation et souveraineté énergétique. En 2020, la France lui consacrait une ambitieuse Stratégie nationale hydrogène (SNH) de 9 Mds€, intégrant à la fois la maîtrise d’une nouvelle chaîne de valeur industrielle de l’amont à l’aval, et le déploiement de projets de production domestique d’hydrogène décarboné pour des usages dans la mobilité et dans l’industrie. Cinq ans plus tard, le constat est amer, l’hydrogène ne fait plus vraiment d’étincelles : en Bourgogne Franche-Comté, des champions sont en déroute, comme la gigafactory de McPhy qui, sur les terres belfortaines, a cessé ses activités, ses actifs ayant été repris à la barre du tribunal, à l’été 2025, par son concurrent belge John Cockerill.
Entre promesses et réalisme : la bonne recette pour avancer
Au niveau des sites de production d’hydrogène, sur les quinze projets en lice pour bénéficier de subventions européennes, la moitié ont finalement retiré leur dossier de candidature. Renault, Airbus, Alstom et Stellantis ont interrompu ou annulé leurs programmes estampillés hydrogène. Principale raison évoquée : le coût. Outre les investissements initiaux, le gaz produit à partir d’électricité renouvelable reste deux à cinq fois plus cher que l’hydrogène issu de ressources fossiles. Côté territoire, là ainsi, on ne carbure plus à l’hydrogène, à l’image de Dijon Métropole où l’idée de convertir l’ensemble de ses bus et bennes à ordures est abandonnée au profit de la batterie l’électrique... On est très loin de la troisième révolution industrielle promise.
« C’est en fait un retour au réalisme et une maturation industrielle, dans un contexte d’atermoiements politiques couplés à des difficultés budgétaires », analyse Nicolas Brahy, président de France Hydrogène. La France ne s’y est d’ailleurs pas trompée : face aux objectifs de production d’hydrogène bas carbone d’hier de 10 millions de tonnes, puis 20 millions de tonne en 2022, prônés par l’Europe, elle a finalement en avril 2025 abaissé ses objectifs de production de 30 % (passant de 6,5 GW d’électrolyseurs installés d’ici à 2030 à 4,5 GW), dans une feuille de route actualisée. Et Nicolas Brahy d’oser poser la question qui fâche : Est-ce que l’hydrogène est une erreur ? « Il y a des projets qui s’annulent, certes, mais d’autres qui sont prêts à se concrétiser. C’est un processus plutôt normal dans la mesure où il s’agit de créer une toute nouvelle chaîne de valeur, nuance-t-il. Avant tout, il faut se rappeler pourquoi ce choix d’énergie : les enjeux de décarbonation, de réindustrialisation et de souveraineté. Je vois six usages, où les alternatives à l’hydrogène sont inexistantes pour répondre à ces enjeux : les raffineries, la production d’engrais, la sidérurgie, les carburants de synthèse pour l’aviation et le maritime et enfin la mobilité lourde et intensive ».
« En une décennie, le salon Hyvolution Paris a vu son nombre d’exposants multiplié par dix, passant d’une quarantaine d’acteurs en 2016 à près de 400 exposants et marques attendus en 2026, à mesure que la filière hydrogène est passée du stade pionnier à une phase de structuration industrielle », avance Raphaël Goerens directeur du salon, qui se tenait Porte de Versailles du 27 au 29 janvier. Le Journal du Palais y était. Nous en avons profité pour prendre le pouls de cette filière au travers de trois interviews : celles de Jérôme Durain, président de la région BFC, de David Bouquain, directeur adjoint du FC Lab à Belfort et de Nicolas Brahy, qui présentait, sur le salon, le dernier baromètre annuel de la filière hydrogène.
Une filière qui doit continuer de rêver grand sur des marchés consommateurs d’hydrogène fossile qui existent déjà, et pour lesquels il y a urgence à décarbonner, car responsables de 2 % des émissions mondiales de CO2. « Le rôle des promesses technologiques, c’est de produire des effets ici et maintenant, indépendamment de leur réalisation effective. Ainsi étaient-elles pour l’hydrogène certes irréalistes, mais elles ont permis de mobiliser des capitaux », affirme Nicolas Simoncini, historien et sociologue des techniques à l’université de technologie Belfort-Montbéliard, dans une interview donnée au magasin scientifique Epsiloon.
Retrouvez plusieurs interview dans l’articles suivant : Hydrogène : l’heure de vérité