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MyoPowers : une solution high-tech à l’incontinence urinaire

Santé. Présente depuis quatre ans au sein de la pépinière et l’hôtel d’entreprises de Temis Innovation à Besançon, MyoPowers est en cours de développement clinique d’une nouvelle génération de prothèses peu invasives pour lutter contre l’incontinence urinaire.

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L'équipe bisontine de Myopowers
L’équipe bisontine de Myopowers. (Crédit : JDP).

Au cœur de la technopole bisontine Temis, une société s’apprête à révolutionner la vie d’homme et de femme atteints d’incontinence urinaire. Cette maladie qui affecte considérablement la vie sociale touche plus de 8,7 % de la population mondiale âgée de plus de 20 ans (environ 107 millions de personnes). MyoPowers, présente depuis quatre ans à Besançon, développe un sphincter artificiel innovant, qui peut être implanté par une procédure chirurgicale mini-invasive d’une quinzaine de minutes seulement et pilotable par une télécommande extérieure.

« Notre dispositif, baptisé Artus, a vocation à traiter l’incontinence dite d’effort modérée à sévère (25 % des cas d’incontinence). Celle-ci est due à une faiblesse des muscles du plancher pelvien et/ou à la déficience du sphincter urétral, ce qui provoque des fuites d’urine liées à une augmentation de la pression abdominale, par exemple en faisant du sport, en toussant, en éternuant ou en riant. Cette affection touche aussi bien les hommes que les femmes, dont l’indépendance et la qualité de vie sont gravement compromises. En matière de traitements, pour les cas légers, les médecins proposent des modifications du mode de vie du patient, des thérapies comportementales et physiques, des régimes alimentaires spécifiques... Pour les cas modérés à sévères, ils ont recours à des solutions médicamenteuses et à la chirurgie : pose de bandelettes sous la vessie pour la soutenir et lui rendre son tonus perdu notamment. Il existe également un sphincter artificiel développé par un Américain dans les années 1980. Celui-ci n’a pas évolué depuis, il est inactif, complexe à utiliser pour le patient (pompe dans les testicules chez l’homme) et nécessite une chirurgie longue et difficile. De plus, comme il comprime de manière permanente l’urètre, il engendre avec le temps des nécroses qui obligent le patient à être réopéré dans 30 % des cas. Pour toutes ses raisons, il est peu prescrit et le plus souvent chez les hommes pour qui la chirurgie est plus facile, alors que ce sont les femmes qui sont les plus touchées par la maladie », explique Marion Melot, directrice de programme chez Affluent Medical, la holding qui possède Myopowers.


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Basée dans le sud de la France, celle-ci affiche un résultat net d’un peu plus de huit millions d’euros au 31 juin et réalise régulièrement des levées de fonds. Cotée en bourse, elle compte deux autres sociétés (dont une italienne) qui conçoivent des dispositifs médicaux de réparation de la valve mitrale du cœur qui se veulent eux aussi révolutionnaires : Kalios et Epygon. « Le projet Kalios est le plus avancé, il est ainsi une source de financement pour les deux autres et notamment pour Artus dont le recrutement des premiers patients est prévu pour 2023 dans le cadre d’une étude clinique », affirme Marion Melot.

Une mise sur le marché à l’horizon 2024

Le dispositif Artus
Le dispositif Artus (Crédit : Affluent Medicals).

Les principaux plus de la solution Artus par rapport à l’existant : un sphincter artificiel simple, facilement implantable et capable d’adapter le niveau de compression en fonction des besoins du patient. « Une manchette en silicone souple est placée autour du canal urinaire, plus précisément au niveau du col de la vessie, puis elle est verrouillée plus ou moins modérément en fonction de l’état d’incontinence. Le bon serrage maximal est défini par le chirurgien au moment de l’implantation. Une fois adaptée à l’urètre, la manchette est connectée à l’actionneur, qui est contrôlé à distance via une télécommande. Celle-ci agit par radio fréquence sur la fermeture et l’ouverture de la manchette. Différents modes sont prédéfinis en fonction de l’activité de la journée. La pression peut ainsi être relâchée par le patient pendant le sommeil ou une période de repos. De même si celui-ci anticipe une séance de sport la sélection du mode actif renforce le serrage. C’est vraiment cette capacité d’ajustement qui fait la force d’Artus », affirme Marion Melot.

Aujourd’hui 16 personnes travaillent sur le projet Artus, qui compte une quinzaine de dépôts de brevets. « À Besançon, nous réalisons en salle blanche l’actionneur implantable. La manchette et la télécommande sont sous-traitées ». La demande de marquage CE devrait intervenir d’ici à la fin 2024. Celle-ci sera suivie d’un lancement commercial en Europe. « En France, le dispositif devrait pouvoir être remboursé par la sécurité sociale. L’État jugeant l’usage des couches non suffisant au bien-être des patients ». Aux États-Unis, le dépôt d’une demande à la FDA, administration qui autorise ou non la commercialisation des médicaments sur le territoire des États-Unis, est envisagé dans les six mois à venir.