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93e année

L’Eden retrouve sa voix

Culture. À l’Eden Broc, au Creusot, la culture revient dans cet ancien cinéma des années 1950 pour diversifier une activité économique en plein essor : la brocante.

L'Eden retrouve sa voix
Bruno Cicciu et Hugo Viguié veulent redonner à l’ancien cinéma l’Eden sa place dans le paysage culturel creusotin. (Crédit : JDP)

Entrer dans la brocante de Bruno Cicciu, ancien journaliste, ce n’est pas seulement découvrir un palais de l’occasion de 1.000 mètres carrés. Dans l’ancien cinéma l’Eden, datant de 1954, la scène, les balcons sont restés indemnes. Dans les couloirs, quelques tables ont pris place façon guinguette. À l’étage sur ce qui fut le balcon, une exposition est installée aux murs.

C’est le fruit de l’association l’Eden créée par le conjoint de Bruno, Hugo Viguié : « Ce que nous voulons c’est faire évoluer le lieu. Garder la brocante mais en faire un lieu de vie, de culture, d’échange », explique Bruno et de préciser fièrement : « Nous avons organisé un concert, c’était la première fois qu’un groupe remontait sur la scène depuis 50 ans. Nous avons aussi organisé une dégustation de vin ». Derrière le projet de Bruno, l’envie de décloisonner le commerce traditionnel « en crise », de remettre en valeur un bâtiment emblématique, mais aussi de se réinventer et se diversifier dans un domaine en plein essor - la brocante.

Une réponse économique

Car, face à la crise, l’époque est propice. La démographie et le vieillissement de la population, notamment celle née au début du baby-boom (1946-1964) expliquent en partie l’augmentation de l’activité : « Il y a des millions d’objets qui vont être transmis dans les vingt prochaines années et on ne sait pas quoi en faire ». Mais loin de n’être qu’un hangar à souvenirs, la brocante fait aujourd’hui figure de réponse à une situation économique et environnementale en mutation : « On ne s’en rend pas compte, mais il y a un énorme enjeu ». Et cette réalité se voit dans l’activité de Bruno : « Il y deux sortes de clientèle. Celle qui est malheureusement amenée à se développer, c’est celle qui cherche à s’équiper pas cher. Et une autre un peu plus aisée pour qui l’occasion est une sorte de philosophie, de conscience environnementale ».


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Une mutation donc pour le lieu qui, ouvert au printemps 1954 sur une projection de Si Versailles m’était conté de Sacha Guitry, était venu remplacer le théâtre municipal bombardé pendant la seconde guerre-mondiale, avait ensuite accueilli les débuts de Johnny Halliday ou d’Eddy Mitchell, fait danser une génération de Creusotines et de Creusotins avant de se transformer en local commercial puis en brocante par le père de Bruno, Tony et son frère Thomas : « Mon père appelait ce lieu “le dépôt”. Aujourd’hui, c’est un lieu de passage, de rencontres d’exposition et demain de musique et de spectacles ».

Antoine Gavory