Jeudi 15 janvier, Nicolas Brahy, président nouvellement nommé de France Hydrogène et Raphaël Goerens, directeur du salon Hyvolution, tenaient à Paris une conférence de presse en amont de l’ouverture de l’édition 2026 du dit salon. Ce dernier, qui fêtera ses dix ans, se tiendra, du 27 au 29 janvier, Porte de Versailles et la région BFC y sera (voir cette brève). « En une décennie, Hyvolution a vu son nombre d’exposants multiplié par dix, passant d’une quarantaine d’acteurs en 2016 à près de 400 exposants et marques attendus en 2026, à mesure que la filière hydrogène est passée du stade pionnier à une phase de structuration industrielle », avance Raphaël Goerens dans une volonté affichée d’étouffer la petite musique mortifère qui se fait actuellement entendre quand on évoque cette filière de décarbonation naguère portée aux nues.
Les responsables de cette dysharmonie : Stellantis et Renault qui ont tous deux jeté l’éponge jugeant qu’il n’y a « aucun avenir à moyen terme » pour la mobilité hydrogène. Pour Nicolas Brahy, c’est la « très grosse déception de 2025 ». Le président évoque un « paradoxe français ». « La France est partie très tôt sur l’hydrogène. C’est le deuxième pays au monde qui a adopté une stratégie hydrogène, elle a promis 9 Mds € d’investissement. Et c’est un pays aux atouts majeurs (réseau électrique décarboné, chaîne de valeur active). Malgré tout cela, le gouvernement hésite, retarde certaines décisions d’investissement et laisse planer le risque d’un cycle négatif… En France, finalement, on aime un peu brûler ce qu’on a adoré ». Et Nicolas Brahy d’oser poser la question qui fâche : « Est-ce que l’hydrogène est une erreur ? ». Avant tout, dit-il, il faut se rappeler pourquoi ce choix d’énergie : les enjeux de décarbonation, de réindustrialisation et de souveraineté. « Je vois six usages, où les alternatives à l’hydrogène sont inexistantes pour répondre à ces enjeux : les raffineries, la production d’engrais, la sidérurgie, les carburants de synthèse pour l’aviation et le maritime et enfin la mobilité lourde et intensive ». Après une décennie d’expérimentation et de projets pilotes, la filière hydrogène est entrée dans une phase de maturation industrielle et économique. Les projets changent d’échelle, partout dans le monde (70 pays ont enclenché une démarche hydrogène), passant de démonstrateurs de quelques mégawatts à des infrastructures de 100 à 200 MW, avec des exigences accrues en matière de financement, de sécurisation de la demande et de coopération industrielle.
« les doutes n’ont pas leur place dans cette compétition mondiale acharnée. Je rappelle que si l’Europe a engagé 19 M€, elle est devancée par la Chine (33 Mds$) et les États-Unis (23 Mds$) », argue Nicolas Brahy, craignant qu’à force de tergiverser le scénario du marché mondial des panneaux photovoltaïques remporté par la Chine ne se reproduise…
Alors que serait finalement l’hydrogène : une bulle bleue qui éclate, des illusions perdues ou une incapacité française et européenne à prendre le bon train en marche ? Nous reviendrons très prochainement dans nos colonnes sur le sujet afin d’y voir un peu plus clair sur ce qui reste une des priorités de la stratégie de développement régionale.