Le groupe SEB sur le gril
Industrie. Plan « rebond », extension du site logistique de Til-Chatel, départs et nomination ou encore procédures judiciaires : l’emboutisseur bourguignon connait une actualité très forte en cette rentrée 2026. Entre inquiétude du personnel et espoir de relance pour l’exercice prochain, analyse d’une situation sociale et économique complexe.
Au sein du groupe SEB, le plan « Rebond » entre désormais dans sa phase concrète. Présenté fin février après une année 2025 difficile [1], le dispositif vise à ramener le groupe sur une trajectoire de croissance rentable, avec notamment 200 M€ d’économies ciblées grâce à un dispositif de rupture conventionnelle collective pouvant conduire, tout d’abord, au départ volontaire de 486 salariés français et jusqu’à 2.100 postes dans le monde. Le groupe est déjà arrivé, le 18 septembre dernier, au terme de la troisième fenêtre de départs volontaires.
Dans le document de 64 pages de l’accord, portant sur la mise en oeuvre de rupture conventionnelle collective, que nous avons pu consulter, le fabricant français justifie ses difficultés par « un marché du petit électroménager qui s’est profondément transformé, avec une forte course à l’innovation et une concurrence asiatique accrue. Les acteurs chinois arrivent plus rapidement sur les marchés européens, notamment dans les produits connectés, avec des coûts de production et des cycles de commercialisation plus favorables ».
« Je vois d’abord un problème d’innovation. » - Philippe Crevoisier, ancien Directeur général
Des arguments repris par Olivier Brault, vice-président chargé des affaires publiques du groupe SEB, devant le Sénat, le 24 février dernier. Entendu par la commission d’enquête portant sur les marges des industriels et de la grande distribution, il a fortement insisté sur le déficit de compétitivité industrielle de la France face à la concurrence asiatique. Il a notamment rappelé qu’« une heure de main-d’oeuvre industrielle coûte environ 35 € en France, contre 2 € en Chine et 2 € au Vietnam. »
SEB pointe également la montée du e-commerce et des marketplaces comme Amazon ou Cdiscount, où il estime être moins visible que sur les circuits physiques. À cela s’ajoutent « l’inflation, la volatilité des monnaies et du fret, l’instabilité politique et les contraintes réglementaires ». Selon le groupe, ces facteurs ont accéléré la fragilisation de ses performances en 2025, malgré le projet de transformation Pulse, lancé en 2024.
Reprendre le train des tendances
Selon plusieurs médias économiques nationaux dont on trouve facilement lecture sur le web, les difficultés de SEB ne tiennent pas seulement à la conjoncture : le groupe ferait aussi face à un retard en matière d’innovation, quand des concurrents comme SharkNinja misent davantage sur la R&D, le marketing – avec une forte présence sur les réseaux sociaux et l’appropriation des codes de ceux-ci - et la capacité à capter rapidement les nouvelles tendances.
Ancien patron de la SAS SEB et membre de son comité exécutif jusqu’en 2021, Philippe Crevoisier confirme. Il continue de suivre de près l’entreprise, dont il est encore actionnaire. Ses commentaires publics sur LinkedIn font régulièrement réagir. « Je vois d’abord un problème d’innovation. Nous avons été parmi les premiers à faire des produits connectés, mais cette dynamique s’est essoufflée. » Pour lui, SEB doit reprendre le train de l’innovation, notamment sur les objets connectés et l’IA, et remettre « la R&D et le produit au coeur des décisions. SEB assure que le problème de baisse des volumes est conjoncturel : dans ce cas, pourquoi les concurrents, comme Ninja ou De’Longhi arrivent à tirer 5, voire 10 % de croissance, là où SEB est proche de zéro ? » se demande-t-il, pointant également une gouvernance trop concentrée sur le commerce et les finances, ainsi que la question, non résolue, de la succession à la tête du groupe familial qui doit intervenir prochainement.
Un diagnostic sur lequel Arnaud Lesueur, délégué Unsa du groupe, apporte un autre éclairage. Il reconnaît que l’entreprise a été « malmenée » par le poids des facteurs extérieurs - droits de douane américains, matières premières, crise de la consommation - mais estime que SEB souffre aussi d’une « force d’inertie » importante. Pour lui, le plan Rebond ne peut constituer qu’une première étape : « Pour l’instant, le groupe n’a fait qu’une économie sur la masse salariale, si on fait que ça, ça ne marchera pas. » Car l’enjeu est désormais de retrouver de l’activité, de l’innovation, mais surtout de remobiliser les salariés. « Il y a un manque de vision, il y a un manque d’action pour réengager les salariés », estime Arnaud Lesueur.
Pour lui, le changement de direction générale doit désormais ouvrir une nouvelle séquence. « L’arrivée de Loïc Moutault depuis le 1er octobre, nous donnera sans doute un nouveau souffle », espère le syndicaliste, concluant que SEB se trouve désormais « à la croisée des chemins ».
Retrouver une marge opérationnelle de 10 %
La direction le sait et assure vouloir « simplifier les structures et améliorer l’efficacité opérationnelle ». Le groupe indique d’ailleurs que le plan Rebond est désormais « en ligne avec les objectifs » et que ses premiers effets sont visibles sur les coûts et la génération de cash-flow. La recette prend : au premier semestre 2026, le résultat opérationnel d’activité s’est redressé et le groupe a généré 53 M€ de cash-flow libre, contre -213 M€ un an auparavant. D’après une publication diffusée sur son site web, le groupe vise à moyen terme « une croissance organique annuelle de 5 % et une marge opérationnelle de 10 %, puis 11 %. » Pour la Bourgogne, l’enjeu est particulièrement symbolique. C’est à Selongey, en Côte-d’Or, que l’histoire industrielle de SEB a commencé en 1857. Le groupe y emploie un peu plus de 500 personnes aujourd’hui, mais conserve toujours une importance industrielle majeure.
« Il y a un manque d’action pour réengager les salariés » - Arnaud Lesueur, délégué UNSA
Il va, d’ailleurs, agrandir l’une de ses implantations, son centre logistique de Til-Châtel, tout proche du berceau historique ; l’enquête publique se déroulera jusqu’au 26 octobre. Publiée le 9 septembre dernier, l’annonce légale ne cite jamais le nom de l’entreprise. Elle indique que « ce projet vise à permettre l’extension d’un centre de préparation et de distribution des produits fabriqués dans différentes usines d’une entreprise industrielle française de fabrication et de distribution de produits pour le grand public ». Un secret de Polichinelle : il s’agit bien de SEB. La Communauté de communes des vallées de la Tille et de l’Ignon l’a explicitement confirmé dans sa délibération du 6 novembre 2025.
Selon le document, le groupe veut ajouter « quatre cellules, pour environ 24.000 m² de bâtiment ». Deux peuvent être réalisées dans le zonage actuel. Les deux autres nécessitent de modifier le PLU : « 2,2 hectares de zone agricole doivent être reclassés en zone destinée aux activités économiques ». Cette artificialisation est assumée dans le dossier technique que les élus communautaires ont approuvé. Les parcelles concernées sont aujourd’hui agricoles, principalement consacrées aux grandes cultures, et environ 1,9 hectare sera imperméabilisé.
La collectivité justifie ce choix par l’absence de foncier suffisant ailleurs pour accueillir l’ensemble du site et son extension. Elle met aussi en avant les infrastructures déjà présentes : « réseaux, parkings, équipements et accès direct à l’A31 ». Le dossier prévoit en parallèle des mesures environnementales, notamment « une haie de 530 mètres, des nichoirs et des dispositifs d’infiltration des eaux. »
Le site actuel, inauguré en juin 2025, compte six cellules de 6.000 m², soit environ 36.000 m², et 60 salariés. Pour mémoire, cette plateforme centralise les stocks de produits fabriqués dans les usines SEB et approvisionne plusieurs marchés européens. L’extension doit donc porter le site à dix cellules et, selon le dossier, à environ 120 emplois, soit une trentaine de postes supplémentaires.
Suite du dossier sur le Groupe SEB :
- Quelle succession pour le groupe SEB ?
- Seb : Changements au sommet
- Angell, PFAS : deux dossiers épineux pour le groupe SEB
Pour aller plus loin...
- Accord d’entreprise SEB développement : www.maitredata.com/app/accords-entreprise/seb-developpement/392413
- Statuts du groupe SEB : www.groupeseb.com/sites/default/files/2021-03/STATUTS%20DE%20SEB%20S.A.%20au%2003.03.2021.pdf
- Résultats du groupe SEB : www.groupeseb.com/sites/default/files/2026-02/Groupe SEB - Communiqué de Presse - Résultats annuels 2025 - 25022026.pdf
- Délibération de la Covati : www.covati.fr/sites/product/files/PV%20CC%202025%2011%2006%281%29.pdf
- Audition d’Olivier Brault devant le Sénat : https://videos.senat.fr/video.5704812_699e096aec35c.table-ronde-sur-le-made-in-france
- PV de l’Assemblée générale de Fédéractive : www.federactive.com/seb,-perspective-d%E2%80%99une-assemblee-generale-animee.html
- Jugement du tribunal de Bobigny : www.doctrine.fr/d/TCOM/Bobigny/2025/TCOMP85B3DACAA32D75BD3AE9
- Sur Rumilly : www.rumilly-terredesavoie.fr/actualites/pollution-aux-pfas-la-communaute-de-communes-rumilly-terre-de-savoie-et-la-ville-de-rumilly-saisissent-la-justice-pour-obtenir-une-expertisejudiciaire-independante/
[1] En 2025, Groupe SEB a réalisé 8,169 Mds € de chiffre d’affaires, en légère croissance organique de 0,3 %, mais son résultat opérationnel d’activité a reculé de 25 %, à 601 M€.